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Mardi 23 juin 2009 2 23 /06 /Juin /2009 01:21


Je ne sais par où commencer. Tout se télescope, se catapulte, s'entrechoque. Bien. Faire simple. Les commencements...

Terzieff. L'homme qui avait fermé les yeux, d'une certaine manière. Une histoire de cadeau, d'abandon, et de confiance.
"L'habilleur". Un choc supplémentaire. Je dis supplémentaire parce que depuis des semaines, des mois, les émotions aussi se télescopent et se bousculent. S'enchaînent. Sans cesse.
L'habilleur. The dresser. Un homme -enfin deux-, Terzieff et son sublime complice Claude Aufaure, un théâtre, une pièce, et tout ce qui est contenu. Ou contenant.
 
Ebranlée, en état de choc j'ai décidé d'y retourner, d'y emmener des amis chers. Mais je savais aussi, déjà, qu'il me fallait photographier ça. L'habilleur. Une image, ou deux, ou trois, trois fois rien mais tenter d'inscrire ça, je soupirais d'avance c'est tellement difficile de signer une image de théâtre, il y a cette ennemie fatale : la distance. Et puis s'effacer - ça ne me gêne pas-, ne pas faire de bruit - c'est impossible, en réalité -, troubler le moins possible ceux qui jouent, et ceux qui reçoivent - c'est une souffrance, ça revient à renoncer aux instants silencieux, les plus beaux, le temps arrêté -. Le tout dans un inconfort maximum, debout, embusquée dans le recoin sombre d'un théâtre pendant deux heures vingt. Alors pourquoi faire ces images ? J'en étais là de mes réflexions : mais pourquoi faut-il que je fasse des choses pareilles ? Quinze ans bientôt que je fais ce métier et j'en suis encore à m'embarquer dans ces aventures alambiquées ? Ces photos "à l'arrachée", cauchemar de tout photographe ? Avec du film, qui plus est ?
 
Pas le choix. La voix intérieure, ça s'imposait à moi.

Au départ, donc, un choc et l'intention, tout de suite. J'ai proposé, ils ont dit "oui", quel joli mot. Photographier, bientôt. Plus d'échappatoire. Je me préparais à l'intérieur.
 
D'abord une relecture. Recevoir, une seconde fois, avec des êtres chers. C'est si bon de partager. Ce soir là, avant que la pièce commence, je les ai tous embrassés, nous étions six spectateurs alignés sur des sièges rouges. Je sais. Peu importe, c'était sincère,  j'étais, simplement, heureuse pour tous du plaisir imminent, de l'émotion promise. Il n'y a pas de ridicule dans une intention quand elle est spontanée. Tout au plus de la drôlerie, une légèreté, un soupçon d'impertinence. Bref. Une des amies présentes - belle plume - m'écrira ensuite des choses douces à ce sujet "...comme quand tu nous a tous embrassés", puis cette phrase, drôle encore : "J'ai cru que toute la salle allait y passer".
 
"L'habilleur". Vu, revu, souffle court. J'en ai oublié de repérer - les instants -, de scruter - les lumières -, d'anticiper - les cadrages. Tant pis, très bien : je photographierais comme une première fois, à l'instinct, avec le ventre. Hara.
Enfin est apparue la troisième fois, pour les images. J'ai souffert mais je n'ai rien senti, j'ai pleuré de petites larmes floues, j'ai remarqué le temps raccourci, ou ralenti, ce n'était pas clair. Ils saluaient et j'ignorais ce que j'avais photographié, très peu.

 
J'ai reçu les planches contacts samedi dernier, je ne les ai pas regardées, trop pressée, des planches contacts ça se savoure, c'est une émotion qu'il est interdit de galvauder. C'est effrayant aussi, il faut gérer ça tranquillement : la joie et la peur, entrelacées. Je me suis penchée ce soir. Femme penchée, again.
J'avais reçu ce matin un petit colis qui contenait le texte de la pièce. Pourquoi l'ai-je commandé en français ?! Big mistake, huge. Non, en réalité, je sais. Je voulais relire cette phrase-là : "il y a sûrement quelqu'un pour qui ça compte", et aussi entendre, à nouveau, leurs voix, tout au long de ce texte. Son et lumière, exactement.
Quand je regarde des planches, je vois des fenêtres, à ouvrir, ou refermer. J'ai trouvé mes images, les planches-contacts étaient généreuses, difficiles aussi, mais généreuses.

 
Alors ce soir encore, cette envie de lire des choses sur le sujet. Un prolongement. Des articles, des critiques... et je retrouve ce texte superbe, déjà lu, qui met en mots ce que je n'ai pas réussi à dire, pas même tenté d'écrire :
Les mots de la fin, tellement signifiants, essentiels pour le théâtre et pour le reste : "...afin que perdure une exigence esthétique qui, bien sûr, a tout d'une éthique." I could'nt agree more.
Je me demande qui écrit mes pensées ? (C'est très pratique, d'ailleurs... si tant est qu'on puisse transmettre un sentiment, une sensation, un choc, un éblouissement et une tristesse sans fin. Par exemple...)
 
Bref j'ai regardé le nom de l'auteur, j'ai un peu traîné parce qu'internet nous offre ça, la possibilité d'une divagation qui serait presque humaine... J'ai lu des mots, écouté une voix, observé un visage. Je ne peux pas décrire cette indécence-là, cette gêne ressentie à chaque fois que je fais des recherches sur quelqu'un. Il faudrait inventer un système de courrier préalable, une boite aux lettres dans laquelle on déposerait une missive disant : je suis inspirée ce soir, mon esprit vagabonde, association d'idées, je n'enquête pas sur vous mais je m'intéresse à vous, je me permets de regarder des choses, je voulais que vous le sachiez, je me présente...je suis... etc..., best regards. Enfin j'ai jeté un oeil sur Marc Villemain et il n'en a rien su, pardon.
 
Choc encore, ces mots-là, écrits par cet auteur-là le 31 mai 2009 : "Plus j'écris, et plus je publie, plus m'apparaît difficile, même impossible, le métier d'écrivain.". Je fais "suite", je cherche la suite de ces mots-là, il n'y en a pas : ces mots-là sont jetés comme un vomissement, une fin, ou une délivrance : nécessaires et suffisants.
J'ai réalisé soudain que cette phrase était (encore ?!) un écho à mes pensées, je pourrais écrire à l'identique : Plus je photographie, et plus je montre - livres, expositions, publications - plus m'apparaît difficile, voire impossible, le métier de photographe.
Puisque le peintre (eh oui il faut suivre, c'était dans K comme Key) a mis moins de 120 minutes à traverser douze années de vie, je me dis que je n'en suis plus à ça près, j'accepte ma douce folie, je note mentalement : oser écrire à l'écrivain. Et croyez-moi, c'est très troublant, comme photographier un photographe, d'ailleurs. On verra bien. J'aime bien le dire, et même l'écrire : on verra bien.

Je reviens. Ici et maintenant :
"Difficile, même impossible."
Alors pourquoi ?
Parce qu'il y a sûrement quelqu'un pour qui ça compte.








 
Par ANNE DENIAU aka ANN RAY - Publié dans : Images - 5 Comments - Write a comment
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